Approfondir le sujet : Création de richesse communautaire et avenir des systèmes alimentaires dans le Canada atlantique 

26 mai 2026:

Justin Cantafio, directeur des politiques

Au Centre pour la prospérité locale, nous avons beaucoup réfléchi à ce que signifie concrètement la création de richesse communautaire. Nous parlons souvent de préserver la richesse au niveau local, de renforcer l'appropriation communautaire, de repenser les marchés publics et de bâtir des économies plus résilientes. Cependant, il est tout aussi important de se demander ce que cela implique réellement sur le terrain, avec des personnes réelles, confrontées à de réelles pressions, au sein de communautés et de secteurs qui n'ont souvent pas l'occasion d'interagir. 

C'est pourquoi nous explorons d'abord l'alimentation.

Au cours des derniers mois, CLP a approfondi ces questions dans le cadre d'un projet régional axé sur la relocalisation, les systèmes alimentaires et une transition juste dans les territoires du Canada atlantique. 

Ce travail est soutenu par Atlantic Action. Au-delà du fonds de la chorale, et c'est la première étude approfondie de CLP sur l'application du concept de création de richesse communautaire à un système régional spécifique : l'alimentation.

Voix locales, réseaux régionaux

Ce travail est mené en partenariat avec la Coalition d’action pour l’alimentation de l’Atlantique (CAAA), un réseau régional en développement qui vise à renforcer les liens et la collaboration entre les différents systèmes alimentaires du Canada atlantique. Ce projet nous aide notamment à déterminer si, et comment, la CAAA pourrait constituer un outil régional efficace pour promouvoir des systèmes alimentaires communautaires. Nous évitons de présumer de la réponse. Nous cherchons plutôt à comprendre les besoins réels des gens vis-à-vis d’une coalition, à identifier les domaines où une coordination régionale pourrait être utile et à déterminer les situations où les initiatives communautaires doivent pouvoir évoluer de manière autonome.

Notre objectif n’est pas de produire un autre rapport qui restera sur une étagère, mais d’écouter attentivement, en particulier ceux dont la voix est souvent ignorée, afin d’identifier les tendances communes et de créer des outils qui puissent éclairer les politiques et l’organisation communautaire dans tout le Canada atlantique. 

À ce jour, le travail a comporté plus de 25 entretiens préliminaires de compréhension et de vérification sur le terrain avec des acteurs clés du système alimentaire dans toute la région. Ces échanges ont permis d'élaborer un cadre de recherche qualitative, qui a depuis été transformé en deux outils pratiques : un guide d'écoute active, actuellement utilisé lors d'entretiens individuels dans plus de 10 secteurs du système alimentaire, et un questionnaire en ligne disponible en anglais et en français. 

À ce jour, plus de 60 entretiens d'écoute individuels ont eu lieu, avec pour objectif d'en atteindre environ 150. Ces entretiens incluent des agriculteurs, des pêcheurs, des transformateurs, des distributeurs, des détaillants indépendants, des organismes de sécurité alimentaire, des organisations autochtones, des groupes communautaires, des chercheurs, des responsables politiques et d'autres personnes dont le travail est lié aux systèmes alimentaires de différentes manières. 

Le sondage est ouvert à toute personne ayant un lien avec l'alimentation dans les provinces de l'Atlantique, que ce soit par le travail, la communauté, les affaires, la culture, les politiques publiques ou simplement en tant que personne qui mange et se soucie de la provenance des aliments. 

Dans le même temps, nous avons commencé à synthétiser les informations que nous recueillons en les confrontant à un corpus de recherches croissant, comprenant plus de 100 articles évalués par des pairs et des rapports de littérature grise. 

Quelques tendances se dégagent déjà. Avant tout, nous constatons que Les gens veulent des systèmes alimentaires plus robustes et mieux adaptés à l'avenir. Si cet aspect n'a rien de surprenant, c'est la constance de ce que les gens entendent par “ plus fort ” qui est frappante. 

Systèmes alimentaires communautaires

Dans tous les secteurs, à toutes les échelles et au sein des communautés, on parle de systèmes alimentaires plus responsables et ancrés dans le territoire. On souhaite que davantage de personnes consomment des aliments issus de sources locales et régionales. On souhaite le retour des infrastructures alimentaires dans nos communautés. On souhaite que les agriculteurs, les pêcheurs, les transformateurs et les entreprises agroalimentaires soient viables et accessibles aux générations futures. On souhaite que l'aide alimentaire d'urgence et les banques alimentaires soient moins nécessaires, même si l'on reconnaît leur importance actuelle. On souhaite que les institutions achètent davantage de produits locaux. On souhaite que les communautés aient davantage leur mot à dire sur les systèmes qui les nourrissent. On souhaite que les gouvernements se fixent des objectifs d'achat local plus ambitieux et contraignants.

Cela nous a amenés à commencer à utiliser le terme “systèmes alimentaires communautaires.Nous utilisons ce langage avec précaution. La souveraineté alimentaire demeure essentielle, notamment dans ses traditions spécifiques : la souveraineté alimentaire autochtone, la souveraineté alimentaire noire et le travail sur la souveraineté alimentaire ancré dans des mouvements comme La Via Campesina et la National Farmers Union. 

Mais face aux pressions convergentes liées à l'accessibilité financière, au climat, à l'emploi, aux infrastructures et aux chaînes d'approvisionnement, la “ souveraineté alimentaire ” n'est pas le seul objectif recherché. Certains parlent de sécurité alimentaire, d'autres d'accessibilité, de disponibilité, d'autosuffisance, d'approvisionnement local, d'accès aux marchés, de foncier, d'infrastructures, de traditions culinaires, d'emploi ou de résilience climatique.

Les systèmes alimentaires ancrés dans la communauté nous offrent un cadre plus large pour aborder ce travail. Ils permettent de concilier sécurité alimentaire et souveraineté alimentaire sans les confondre. 

sécurité alimentaire Il s'agit de savoir si les gens peuvent accéder de manière fiable à une quantité suffisante d'aliments de bonne qualité et culturellement appropriés. Souveraineté alimentaire Il s'agit de savoir qui détient le pouvoir, l'influence, les terres, la gouvernance et le contrôle dans le système alimentaire.

Comprendre clairement le système alimentaire

Pris ensemble, ces cadres et ces questions nous aident à mieux comprendre le système alimentaire. 

Et la situation évolue. Les coûts des intrants évoluent. Les prix de l'énergie évoluent. Les conditions météorologiques évoluent. Les relations commerciales évoluent. Les budgets publics évoluent. Les besoins des collectivités évoluent. 

Étant donné que ce projet est soutenu par le Beyond the Choir Fund, nous portons également une attention particulière aux liens entre les systèmes alimentaires et l'énergie, le climat, l'accessibilité financière et l'élimination progressive des combustibles fossiles.

On ne se demande plus si la transition est inévitable. Elle est déjà en marche. Les vraies questions sont : qui la façonnera, qui en profitera et qui en supportera les coûts ? 

C’est là que la création de richesse communautaire prend tout son sens. Elle nous permet de dépasser les préoccupations générales pour aborder des questions concrètes liées à la propriété, aux marchés publics, au foncier, à la finance, au travail, à la culture et aux infrastructures. Elle nous aide à nous interroger sur la véritable nature des ressources publiques et communautaires : contribuent-elles réellement au développement durable des capacités locales, ou se contentent-elles de colmater les brèches de systèmes extractifs qui engendrent des pertes de valeur constantes ?.

Lorsqu'une région manque de voies de transformation, de stockage, de regroupement, de financement, de transport ou d'approvisionnement, les aliments locaux ne peuvent pas facilement atteindre la population locale.

Lorsque les agriculteurs et les producteurs voient leurs marges se réduire tandis que les ménages sont confrontés à une insécurité alimentaire croissante, dire aux producteurs de baisser leurs prix ou aux consommateurs d'acheter “ plus local ” ne résout pas le problème.

Lorsque les systèmes alimentaires dépendent de travailleurs, notamment de travailleurs migrants, dont le travail est essentiel mais trop souvent rendu précaire par des logements insalubres, une mobilité limitée, une faible protection et un statut temporaire, cela nous rappelle que les systèmes alimentaires ancrés dans la communauté ne peuvent pas être construits sur une main-d'œuvre jetable.

Lorsque les frigos solidaires, les banques alimentaires et les réseaux d'entraide sont de plus en plus débordés, cela nous indique qu'il y a un problème structurel.

Lorsque les entreprises alimentaires dépendent de chaînes d'approvisionnement éloignées parce que les infrastructures locales ont disparu, il s'agit d'une défaillance systémique. 

Serres communautaires. Plateformes alimentaires. Marchés de producteurs. Initiatives en faveur des aliments traditionnels et ruraux. Coopératives et infrastructures coopératives. Cuisines communautaires. Projets pilotes d'approvisionnement local. Commerces indépendants cherchant à diversifier leurs sources d'approvisionnement. Organismes de sécurité alimentaire souhaitant passer d'une réponse d'urgence à une transformation systémique à long terme. Agriculteurs et pêcheurs s'efforçant de valoriser davantage leurs produits au sein de leurs communautés. Gouvernements et institutions publiques commençant à s'interroger sur l'impact de leur pouvoir d'achat. La liste est longue.

Il s'agit maintenant de comprendre ce que ces efforts ont en commun, ce qui continue de faire obstacle et quels types de politiques et d'actions communautaires pourraient les aider à se développer. 

C’est pourquoi ce projet s’oriente vers deux résultats majeurs. 

  1. Le premier est un ensemble de propositions piliers des systèmes alimentaires communautaires dans le Canada atlantique. Ces éléments permettront de mettre en lumière les valeurs partagées, les priorités et les conditions systémiques qui émergent des conversations à travers la région. 
  2. Le second est un feuille de route pour la relocalisation et les systèmes alimentaires ancrés dans la communauté. Cette feuille de route se veut un outil pratique d’élaboration de politiques et d’organisation. Elle s’adresse aux quatre paliers de gouvernement – autochtone, municipal, provincial et fédéral – tout en soutenant les communautés, les coalitions et les organisations œuvrant sur le terrain. 

Nous sommes encore en phase d'écoute. C'est important car nous ne voulons pas brûler les étapes. Nous ne voulons pas présumer d'un consensus là où il n'existe pas. Nous ne voulons pas gommer les différences importantes entre les secteurs, les communautés et les traditions. 

Mais nous en entendons suffisamment pour voir ce qui se dessine. Il existe un réel besoin de systèmes alimentaires plus locaux, plus équitables, plus résilients et plus responsables envers les populations qui en dépendent. La prochaine étape consiste à élaborer un cadre qui reflète ces visions partagées et une feuille de route pour parvenir à un avenir alimentaire juste. 

Si vous n'avez pas encore rempli le sondage, nous vous serions reconnaissants de le faire. Et si vous connaissez d'autres personnes qui se soucient des systèmes alimentaires dans les provinces de l'Atlantique, n'hésitez pas à le partager avec vos réseaux : https://bit.ly/atlanticfoodsurvey 

Ce travail consiste avant tout à écouter, et l'objectif est de transformer ce que nous entendons en un langage partagé, en des relations plus fortes, en des politiques concrètes et en une action ancrée dans la communauté.

Rejoignez-nous à Tatamagouche pour notre festival-conférence, Prospérité locale 2026 : Des gens d’ici, des solutions locales !

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